On refait le film !

On refait le film avec une mauvaise foi pas possible ! Le septième art dans toute sa diversité. Critiques, jeux, analyses en images, débats, échanges d'idées. Du cinéma pour le plaisir et la réflexion...

mercredi 14 septembre 2005

FOOL FOR LOVE de Robert Altman (1985)

Synopsis 

animation_fool_for_love

May vit dans un trou perdu de l'Amérique profonde. Elle est pourchassée et retrouvée par Eddie qu'elle a tenté de fuir. Ils vont tenter à la fois de se séparer et de se retrouver dans une ultime confrontation.

Mon avis

Avant toute chose, un dramaturge de très grand talent, Sam Shepard, également extraordinaire scénariste comme dans « Paris Texas » de Wim Wenders.  Shepard, c’est une écriture typique américaine, très proche de Tenessee Williams, avec des personnages à vif, déchirés, sans arrêt proches du gouffre émotionnel. Shepard ou l’univers du sud américain, avec encore un pied dans le siècle des cow-boys et un autre dans l’époque moderne.  De paysages ensoleillés, mais poussiéreux, des hommes aux manières rustres ayant comme seuls plaisirs, l’alcool, les femmes et les chevaux.  Mais Shepard ne serait pas cet immense dramaturge s’il s’était contenté de ces seuls clichés.  Il va compliquer les choses, en proposant une histoire d’amour archi-tordue, incestueuse, malsaine, avec en prime un règlement de compte freudien sur le père.  Et puis, cerise sur le gâteau, il va s’extraire du récit classique en proposant avec le personnage du père interprété par Hary Dean Stanton, un dédoublement de personnalité, recouvrant ainsi les époques d’kuyjdfkjfhier et d’aujourd’hui.  Un procédé de structure de récit qui déstabilise le spectateur tout en lui offrant des informations supplémentaires, nourrissant ainsi, goutte à goutte, le suspense.

Comme souvent dans les adaptations du théâtre au cinéma, le travail principal consiste à dépasser le champ visuel unique et à créer du mouvement dans l’espace, sans pour autant oublier l’intensité dramatique.  Ce n’est pas chose aisée, et beaucoup se sont cassé les dents sur cette entreprise périlleuse.  Altman, qui à l’époque possédait déjà une grande expérience derrière la caméra, parvient délicatement à s’extraire du piège de l’immobilisme tout en maintenant un espace très réduit proche du huis-clos.  Quasi l’entièreté des scènes se situe dans un hôtel et dans le parking qui l’entoure, tandis que quelques scènes de flash-back permettent d’étendre encore un peu plus le champ visuel.  Le doux équilibre entre les propriétés cinématographiques et théâtrales, a été atteint.

Côté comédiens, Shepard interprète lui-même le rôle principal qu’il a écrit, et bien sûr s’y sent comme un poisson dans l’eau.  Basinger, débutante à l’époque, fait mieux que se défendre, même si on aurait préféré Jessica Lange à sa place.  Mais la Palme du meilleur acteur du film revient sans aucun doute à Harry Dean Stanton, sublime d’intensité, extrêmement troublant et touchant, dans le silence ou dans la parole, qui réussit à faire passer la faiblesse humaine comme personne.  Un acteur hors catégorie qui trouve ici de quoi faire exploser son talent.

Pour résumer, une magnifique rencontre entre un dramaturge et un cinéaste, qui se sont réciproquement alimentés pour une alliance presque parfaite.

animation_fool_stantonJe classe ce film dans mon top 10 de l'année de production 1985:

1. "After Hours" de Martin Scorsese
2. "Chambre avec vue" de James Ivory
3. "Le baiser de la femme araignée" de Hector Babenco
4. "Ma vie de chien" de Lasse Halström
5. "Ladyhawke" de Richard Donner
6. "Retour vers le futur" Robert Zemeckis
7. "Runaway train" de Andreï Konchalovsky
8. "37° le matin" de Jean-Jacques Beineix
9. "Fool for love" de Robert Altman
10. "Mort d'un commis voyageur" de Volker Schlondorff

Avec Sam Shepard, Kim Basinger, Harry Dean Stanton, Randy Quaid, Martha Crawford, Louise Egolf 

Posté par chrislynch à 08:30 - Monsieur Altman - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



« Accueil  1