Avec : Juan Villegas, Walter Donado, Micol Estévez, Kita Ca, Pascual Condito, Claudina Fazzini, Carlos Rossi, Mariela Díaz, Rosa Valsecchi, Rolo Andrada, Sabino Morales, Gregorio,

Synopsisanimation_bombon

Juan Villegas, 52 ans, a travaillé durant les vingt dernières années de sa vie dans une station service d’une route solitaire en Patagonie. La station a été vendue et les nouveaux propriétaires songent à la moderniser. Juan, tout comme d’autres employés, est licencié. Tout en recherchant du travail, il essaye de survivre grâce à un ancien hobby : il fabrique des couteaux. Mais les choses vont mal. Il n’arrive pas à retrouver un emploi ni à vendre ses couteaux.

Note du réalisateur

BOMBÓN EL PERRO s’inscrit dans la continuité de mon précédent film HISTORIAS MÍNIMAS. J’ai en effet repris des personnages simples, traités de façon minimaliste et interprétés par des non-acteurs. Parler de personnages simples est sans doute une simplification en soi.

En réalité, les personnages simples n’existent pas : l’univers intérieur du paysan le plus humble est aussi insondable que celui du professeur de philosophie.

La seule différence est que ce dernier réfléchit et communique essentiellement par la parole alors que le premier, plus élémentaire, le fait à travers des gestes et des silences. J’ai toujours préféré le gestuel au textuel au cinéma. Un regard, un silence, un imperceptible rictus deviné sur un gros plan, exprime bien davantage que toutes les rhétoriques. Et c’est ce qui se produit avec les personnages « simples » : il faut les lire dans les yeux.

Je crois que c’est là que le cinéma assume le grand héritage de la peinture. Le regard abattu de Philippe IV dans les derniers portraits peints par Velázquez nous renseigne bien plus sur la tragédie que vit ce roi que tous les ouvrages qui ont pu être écrits sur le sujet. Dans BOMBÓN EL PERRO je retravaille avec des non-acteurs. Ce choix provient sans doute des quelques expériences où j’ai filmé des gens réels en étant réalisateur de pub. Quelques films du cinéma
indépendant actuel, qui laissent une part floue à la limite existant entre fiction et documentaire, m'ont également influencé. En règle générale, je suis plutôt attiré par la réalité que par la fiction, je penche davantage du côté de la biographie que vers le roman. Le travail avec des gens réels, des lieux réels et de l’éclairage réel permet, à mon sens, d’atténuer la manipulation et la tromperie qu’implique inévitablement le cinéma.

Mon avis :

                                                                                                                                                                 Le réalisateur argentin ne s’en cache pas, il oriente son travail vers le réalisme.  Une réalité proche du documentaire avec des comédiens non professionnels filmés caméra épaule.  Techniquement parlant, on est très proche par exemple d’un style à la sauce Dardenne.  Un style réaliste pour s’approcher au plus près d’une authenticité qui parle de la misère économique de son pays, l’Argentine.  Mais d’emblée, Carlos Sorin réussit à ne pas confondre réalisme miséreux et misérabilisme.  Au contraire, cette œuvre se présente comme une ode à l’optimisme.  En réalité, la misère sociale est présentée comme une toile de fond devant laquelle se joue une magnifique démonstration de chaleur humaine. Un flot de sourires pour compenser les maux de la douleur.

Le paysage économique est dévasté et Juan Villegas, 52 ans, est au bord du gouffre. Impossible de trouver du travail, même dans sa profession, même en s’humiliant…  La relation avec sa fille chez qui il habite est elle aussi au bord de l’explosion.  Ce n’est plus qu’une question de temps.  Au-delà même du sinistre économique de son pays, Carlos Sorin se penche sur ces êtres humains de la cinquantaine, ni jeunes, ni vieux, mais dont le monde du travail ne veut plus rien entendre.  Une situation qui existe bien au-delà de l’Argentine et qui offre à ce travail une certaine dimension universelle.

Une fois la toile de fond finement et rapidement dépeinte, Carlos Sorin va s’acharner à offrir de la lumière à son tableau austère, jusqu’à offrir une seconde chance, une seconde vie à son personnage principal.  Cette chance prendra les traits d’un chien, symbole par excellence de l’ami de l’homme.  Un dogue argentin, symbole de puissance pour détruire l’impuissance.  Mais comme il règne également beaucoup d’humour dans ce récit, on va laisser croire que ce symbole de puissance pour contrer l’impuissance est atteint d’impuissance !  Un petit régal pour ceux qui aiment à jouer avec les symboliques dans le cinéma.  D’abord donc, un chien tombé du ciel qui va offrir de nouveaux horizons pour sauver son nouveau maître de la noyade, comme instrument de changement.  Ce cadeau du ciel, ce chien de race exceptionnelle, va bouleverser son paysage.  Celui avec lequel plus personne ne voulait communiquer va tout d’un coup devenir une petite vedette aux yeux des plus nantis et tout d’un coup côtoyer éleveurs, médecins, comptables, etc. En quelque sorte, une réelle image d’espoir qui indique que la vie pourrait renaître d’un rien.  Un sourire pour faire renaître le sourire.

Un metteur en scène qui privilégie l’image au discours.  Et le plus souvent, il est extrêimg7mement fort à ces petits jeux de silence et de regard qui en disent long sans vraiment le dire.  Je pense particulièrement à cette scène entre la fille et son père, où elle tente vainement de lui dire quelque chose de grave mais qui restera finalement figée dans le silence.  En attendant, le spectateur aura entendu au travers de ce non-dit l’essentiel de ce qu’il devait entendre.  Au travers de son comédien principal, Juan Villegas, gardien de parking dans la vie, très expressif, Carlos Sorin va jouer de ces expressions avec talent.  On assiste alors à des échanges de regards homme/chien plus forts que n’importe quel discours.  On a beau dire que Juan Villegas n’est pas un véritable acteur ; il faut vraiment le savoir pour le croire, car il est tout bonnement formidable et constitue un atout majeur du film, ayant une capacité assez incroyable de faire passer beaucoup de sentiment et de message tout en gardant la bouche bien fermé.  Il a l’œil très communicateur !

Magnifique sourire d’humanité contre le désespoir.